TOUT UN CINÉMA!

Plusieurs pavillons de l’Expo 67 furent la vitrine extraordinaire du cinéma expérimental. Les premiers pas éclatés du cinéma que nous connaissons aujourd’hui. Certes, les projections multi-écrans n’ont pas commencé à Montréal. Le « To Be Alive » du Word’s Fair 1964 de New-York, un film à l‘Exposition universelle de Bruxelles en 1958, et même une expérimentation à Paris, avaient précédé. Mais c’est en 1967 que la technologie commença vraiment à être assez sophistiquée pour se permettre des propositions plus complexes et léchées. Les « split screens » et le cinéma Imax étaient en train de se matérialiser pour plus tard prendre la forme qu’on leur reconnaît . Roger Blais, Christopher Chapman, Charles GagnonFrancis Thompson qui a inspiré le cinéma ImaxAlexander Hammid, Robert Barclay, Roman Kroitor le co-inventeur du cinéma Imax, et Jacques Languirand sont les premiers pionniers de l’audio-visuel et du multimédia qui ont marqué l’Expo 67 et toute l’industrie du cinéma canadien et occidental. Le split screen venait de trouver sa place dans le monde de la communication audio-visuelle.

Voici un coup d’oeil sur ce qui s’est projeté pour les visiteurs de l’Expo 67.

1. «Canada 67»

Le pavillon de l’Association du téléphone sur l’île Sainte-Hélène, était un pavillon corporatif qui présentait en vedette un film de 22 minutes présenté par 9 projecteurs sur un 9 écrans de 6,75 mètres (22 pieds) disposés en cercle sur 360 degrés qui accueillait toutes les demi-heures 1500 spectateurs qui se tenaient debout au milieu. Une production commandée aux Studios Walt Disney qui ont créé le procédé Circle-Vision 360°. Ce procédé avait exigé un dispositif en cercle supportant un assemblage monstre de 9 caméras captant les images à angle de 40 degrés ( un poids de 180 kilos). La narration et la musique ètaient diffusés dans la salle au moyen de 15 haut-parleurs stéréophoniques, dont 9 étaient dissimulés derrière les écrans de projection et 6 étaient au plafond.


Le film montrait divers aspects du Canada et de la vie des canadiens. Survoler les montagnes Rocheuses, assister aux danses celtes du Cap Breton, participer au Carnaval de Québec, se retrouver au centre du terrain d’exercice du spectacle de la RCMP (police montée du Canada) ou au centre de la glace pour une partie de hockey de la Ligue Nationale, débarquer au milieu de la piste du Stampede de Calgary…  La fierté de faire partie de ce grand et jeune pays!

2. Kaléidoscope

Le pavillon commercial sur le thème de « L’Homme et la Couleur », sur l’île Notre-Dame était commandité par les 6 grandes compagnies de l’industrie chimique au Canada: Canada Industries, Chemcell (Canadian Celanese), Cyanamid of Canada, Dow Chemical of Canada, Shawinigan Chemicals et Union Carbide Canada. Aussi spectaculaire de l’extérieur que de l’intérieur! La proposition faite aux visiteurs reproduit la joie et le charme de la couleur. 12 minutes de sensations visuelles et sonores pour interpréter les millions de couleurs dans notre vie quotidienne, de l’aube au crépuscule. Trois salles en miroirs. Une pour les couleurs du matin. Une pour celles du midi. Et une dernière pour celles du soir. Une expérience à la fois sensorielle et psychotrope… mais sans drogues… pour les visiteurs en extase dans le ventre du kaléidoscope géant. Capacité de 750 personnes/heure.


3. «We are Young / Nous sommes jeunes»

Le pavillon Canadien Pacifique – Cominco, pavillon corporatif situé sur l’île Sainte-Hélène, présentait dans une salle de 600 places, le court-métrage «We Are Young / Nous sommes jeunes»  En tout ce sont 30 kilomètres de pellicule, 20 minutes de présentation sur 6 écrans regroupés en deux séries de 3 une au dessus de l’autre. Un documentaire de Francis Thompson et Alexander Hammid qui explore l’énergie de la jeunesse. Un témoignage sur la révolution culturelle des années 60.

4. Labyrinthe

Pavillon dans Cité du Havre conçu par l’Office National du Film (ONF), se voulait une synthèse du cinéma et de l’architecture. S’inspirant du mythe du Minotaure, ce pavillon offrait 3 salles de visionnement d’une capacité de 500 spectateurs. Les architectes et les cinéastes qui ont conçu ce pavillon ont cherché à y produire des effets kinétiques par des mouvements vertigineux ou extrêmement lents sur plusieurs écrans à la fois. La première salle permettait de regarder du haut d’une passerelle un vaste écran sous nos pieds. On y plongeait vers notre planète à la vitesse de la lumière. Le film était projeté du haut du plafond afin d’accroître l’impression du plongeon à travers les galaxies.
La salle deux explorait les méandres du cerveau humain  (labyrinthe). La dernière salle était projeté sur des écrans en croix, le fameux film de 35 minutes sur l’Histoire de l’Humanité (voir le clip). La circulation des visiteurs entre les salles était aussi déroutante qu’un labyrinthe par ses passages éclairés de lumières et prismes… Ce tournage a duré des mois. Une équipe a tourné en hélicoptère plusieurs scènes de l’Amérique du Nord. Une autre équipe est allée traquer des images exotiques aux confins de la Grèce, de la Crête, du Népal, de l’Inde et du Cambodge. le nombre et la taille des écrans faisaient de ce spectacle une vision extraordinaire de la Terre et de ses habitants.

5. Diapolyécran

Dans le pavillon de la Tchécoslovaquie, cette projection était distribuée sur 112 cubes qui avançaient ou reculaient. 2 projecteurs Carousel de Kodak dans chaque cube, projetaient 15,000 diapositives en 11 minutes (22 images par seconde)! Complètement contrôlé par  386 kilomètres de ruban avec 756,000 instructions. Dément! Les spectateurs étaient assis par terre sur un plancher en moquette.

6. Polyvision

Encore dans le pavillon de la Tchécoslovaquie, ce film de 8 minutes se voulait un panorama de l’industrie tchèque. 20 projecteurs de diapositives. 10 écrans fixes de projection avec 5 écrans mobiles qui avançaient, reculaient et se défilaient sur le côté…  Des projections sur des objets en rotation rapide, de la transparence. Tout était contrôlé par ordinateur. Désolée, je n’ai pas encore trouvé de photos ou de clips pour l’illustrer.

7. Kinéautomate

Dans le pavillon de la Tchécoslovaquie, ça a été le tout premier cinéma interactif au monde développé en 1966 par le cinéaste Raduz Cincera à Prague. Avec l’aide de l’hôtesse, les 127 spectateurs choisissaient les options de déroulement du scénario… Curieusement c’est un peu le précurseur du Videoway Vidéotron qui sortira… en 1989!




8. A Place To Stand

Un film de Christopher Chapman au pavillon de l’Ontario, sur l’île Notre-Dame. Ce chef-d’oeuvre en multi-plans a été mis en nomination pour l’Oscar du meilleur court-métrage documentaire en 1968. Présenté en format 70 mm, les 90 minutes du tournage ont produit un documentaire de 17 minutes et demie.

Référence en ligne: http://www.westland.net/expo67/map-docs/cinema.htm

Voir aussi les autres publications:
Les premiers pas du multimédia…
Décès d’un artisan d’Expo 67

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