LA CONSTRUCTION

Choix du site de l’expo67

C’est lors d’une promenade en bateau sur le Saint-Laurent que le directeur du port de Montréal, Guy Beaudet, aurait proposé à Jean Drapeau le cadre exceptionnel du site des îles ( Sainte-Hélène et Ronde) pour la tenue d’Expo 67. L’idée de les utiliser n’est pas nouvelle. On a déjà évoqué la possibilité de les aménager, notamment à la fin du dix-neuvième siècle, et au cours de la crise des années 1930 en tant qu’occasion de travail pour les chômeurs. Au début de l’année 1963, une firme d’architectes de Saint-Bruno suggère qu’on les utilise pour l’exposition universelle. Ce site ne fait toutefois pas l’unanimité parce qu’on prétend que son agrandissement serait une entreprise trop coûteuse et qu’il est ridicule de créer un espace de toutes pièces alors que d’autres endroits sont disponibles.

Une autre bureau d’architectes propose d’ailleurs d’utiliser d’autres emplacements situés aux abords du fleuve et dans le quartier Pointe-Saint-Charles, ce qui permettrait de revitaliser ce quartier. Pour réaliser ce projet, il aurait toutefois fallu procéder à de nombreuses expropriations, ce qui est fort onéreux et compliqué sur le plan juridique. On croit de plus que l’éparpillement des visiteurs en divers lieux n’est pas souhaitable. D’autres sites sur l’île de Montréal, tels que le parc Maisonneuve, le Mont-Royal, ou le domaine Béïque à ville LaSalle, sont aussi envisagés.

 5 novembre 1962 – Domaine Béique à Ville de LaSalle [extrait]. LaSalle Development Corporation. | Ville de Montréal. Gestion de documents et archives.

11 février 1963. Expo 67 – Emplacement : Pourquoi pas? L’exposition universelle et internationale de 1967 sur le Mont-Royal [extrait], Maurice Légaré, architecte | Ville de Montréal. Gestion de documents et archives.

14 mars 1963 – Expo 67 : Emplacement : Opinion sur le choix de l’emplacement de l’exposition internationale et universelle [extrait], Affleck-Desbarats-Dimakopoulos-Lebensold-Sise, architectes; Beauchemin-Beaton-Lapointe, ingénieurs conseils | Ville de Montréal. Gestion de documents et archives.

25 mars 1963 – Lettre du maire Jean Drapeau au premier ministre du Canada, John Diefenbaker, concernant le choix du site de l’exposition universelle | Ville de Montréal. Gestion de documents et archives.

Le 22 mars 1963, la ville de Montréal, le gouvernement du Québec et la Compagnie canadienne de l’exposition universelle (Expo 67), organisme relevant du gouvernement fédéral, s’entendent sur le projet d’aménagement du site des Îles. La jetée Mackay appelée ensuite Cité-du-Havre, relevant du port de Montréal, est aussi mise à la disposition des responsables de l’exposition. C’est là que se retrouveront les édifices de l’administration et de la presse.

De quoi aurait pu avoir l’air l’Expo 67, si elle avait été présentée à un autre endroit?

 

L’Expo 67 est né de l’audace et de l’acharnement de plusieurs personnes au cours des années 50 qui évoquent l’idée de tenir une exposition universelle à Montréal pour souligner le centenaire du Canada (1867).

Toutefois, c’est le 25 août 1958, lors de la journée du Canada à l’exposition universelle de Bruxelles, que cette idée est exprimée publiquement par le sénateur Mark Drouin. Dès lors, le maire Sarto Fournier est emballé et le conseil municipal de Montréal vote une résolution demandant au Comité exécutif de poursuivre les démarches pour que la ville obtienne la tenue de l’exposition.

21 avril 1960 — de gauche à droite: Le général Charles de Gaulle et le maire Sarto Fournier dans le hall d’honneur, suivis de leurs épouses et de quelques invités. | Ville de Montréal. Gestion de documents et archives VM94-Z1529-11

Durant les deux années qui suivent, la ville de Montréal, avec l’appui du milieu d’affaires montréalais et du gouvernement du Québec, continue d’aller de l’avant pour convaincre le gouvernement canadien de lui accorder son appui. Le gouvernement canadien du premier ministre John Diefenbaker officialise ce soutien en février 1960. Le gouvernement fédéral fournira 20 millions $ et le gouvernement du Québec débloquera 15 millions $, alors que la Ville de Montréal dépensera 5 millions $.

L’avenir nous confirmera plutôt que cette aventure aura coûté la coquette somme de 432 millions $, pour des revenus de 221 millions $, et que la région aura récolté 1 milliard en entrée de dollars touristiques… une équation somme toute assez bonne n’est-ce pas?

Préhistoire de l’expo

En mars 1960 le Canada présente la candidature de Montréal au Bureau international des expositions (BIE), à Paris. Il y a deux autres pays en lice: l’Autriche et l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Composée entre autres de du maire de Montréal, Sarto Fournier, la délégation canadienne est remplie d’espoir. Coup de théâtre! Le vote est reporté au 5 mai suivant à la demande de l’URSS qui n’entendait pas se faire damer le pion (elle avait réussi à faire admettre 7 pays supplémentaires, et surprise, du bloc de l’est… dans le comité décisionnel) pour son projet de célébration de son 50e anniversaire. Bref, la partie n’était pas gagnée… mais le 13 novembre 1962, la délégation canadienne peut enfin se réjouir : Montréal obtient officiellement l’exposition universelle de 1967 par la suite du désistement de l’URSS ($$$). Ouf! Un peu plus et on n’aurait manqué le train… et c’est le jeune Jean Drapeau, entre temps élu maire à la succession de Sarto Fournier, ainsi que Lester B. Pearson du parti libéral comme nouveau premier ministre du Canada, qui ont récolté le fruit mûr!

Jean Drapeau en 1955 Référence: Le Mémorial du Québec,
Tome V, 1918-1938, Montréal, Société des Éditions du Mémorial, 1980.

Construction des îles

1963, sur le chantier de l’Expo on commence à faire de la publicité, à la Hollywood svp! Les lettres « E X P O » en béton sont érigées bien en vue de la rive. Les gigantesques travaux vont commencer.

12 août 1963 – Inauguration des travaux d’aménagement des îles de Montréal | Ville de Montréal. Gestion de documents et archives.

12 août 1963 – Inauguration des travaux d’aménagement des îles en présence de Jean Drapeau, maire de Montréal, du cardinal Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal, de Lester B. Pearson, premier ministre du Canada et de Jean Lesage, premier ministre du Québec | Ville de Montréal. Gestion de documents et archives.

Panneau d’Expo 67 sur l’île Verte | Bibliothèque et Archives Canada

Panneau d’Expo 67 sur l’île Verte | The Canadian Design Ressources
Panneau d’Expo 67 sur l’île Sainte-Hélène (anciennement l’île Verte) | The Canadian Design Ressources
Emplacement des lettres «EXPO 67» | Ville de Montréal. Gestion de documents et archives.
 

Avant le site de l’expo67


Ce sont les îles de l’archipel en face du Vieux-Port de Montréal qui furent choisies pour établir le site de l’expo67. L’île Sainte-Hélène fut massivement agrandie et consolidée avec les îles avoisinantes (dont l‘île Ronde qui deviendra le parc d’attractions de la Ronde). L’île Notre-Damepour sa part, a été créée en reliant l’île Moffat et les ilôts qui l’accompagnent à l’estacade de service de la voie maritime du saint-Laurent.

En septembre 1963, la ville de Montréal commence les travaux de remblayage pour la création des nouvelles îles. En théorie tout doit être terminé pour l’été 1964. D’énormes rochers provenant de l’île Ronde, à l’est de l’île Sainte-Hélène, permettent la construction d’un pourtour de 15 kilomètres.Des digues sont élevées afin de protéger le site contre les inondations et d’empêcher l’eau de s’infiltrer. Construites en trois mois, de juillet à août 1963, elles s’élèvent à six mètres au dessus du niveau de l’eau et s’étalent sur près de six mètres de largeur. Une fois les digues terminées, le remblaiement des îles peut commencer. D’énormes tuyaux transportent vers le fleuve l’eau pompée hors des bassins d’assèchement. Pendant 10 mois, plus de 28 millions de tonnes de terre et de roc, provenant surtout des travaux d’excavation du métro de Montréal, sont déplacées pour construire les îles. Des camions assurent le transport et le déversement de toute cette matière. De puissantes dragues extraient également du roc du lit du fleuve.

 

Dès 1963, le colonel Edward Churchill, l’ingénieur responsable de la construction, est nommé directeur de l’aménagement. Personnellement, je n’oublierai jamais l’ampleur extraordinaire de ce chantier que j’ai pu apercevoir étant petite fille, lors d’une ballade en automobile avec mes parents et mon grand-père maternel qui voulait absolument voir ces travaux de titan avant de mourir. Il se savait alors gravement malade et doutait de vivre assez longtemps pour visiter l’expo67.

Archipel en 1957 – BAnQ | Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Archipel en juin 1963 – BAnQ | Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Archipel en août 1963 – BAnQ | Bibliothèque et Archives nationales du Québec

8 juin 1964 sur l’île Verte | Photographe: Maurice Macot | Ville de Montréal. Gestion de documents et archives

Archipel en août 1963 – BAnQ | Bibliothèque et Archives nationales du Québec

8 juin 1964 dragage sur l’île Verte | Photographe: Maurice Macot | Ville de Montréal. Gestion de documents et archives

vue aerienne du chantier en 19631963 – Vue aérienne du chantier des îles | Ville de Montréal. Gestion de documents et archives

Le saviez-vous?

• Par crainte des crues printanières, on construit aussi l’Estacade, un petit barrage servant à bloquer la glace, à l’ouest du pont Champlain. L’Estacade empêche les couches de glace d’être emportées par le courant jusqu’aux îles de l’Expo.• Dans son livre La petite histoire d’Expo 67, Yves Jasmin, directeur des relations publiques de l’Expo, raconte en détail l’extravagance des travaux. Il précise que le site de l’Expo, qui couvre quatre kilomètres carrés, ce qui correspond à deux fois et demie la superficie de Monaco!• La nouvelle île Notre-Dame prend place en bordure de la Voie maritime du Saint-Laurent. Ce passage pour les navires, en liaison avec les Grands Lacs, est inauguré en juin 1959. (Voir le dossier Le Saint-Laurent, la voie du continent).

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